Reportage

Vivre comme ça

Villa de Emergencia nº 15, Buenos Aires, Argentine.

Las Villas de Emergencia ou Bidonvilles sont des quartiers informels caractérisés par la propagation des logements précaires. Ce phénomène  répond à l’absence de politiques publiques efficaces pour inclure dans le tissu social certains secteurs  paupérisés de la population.

La promiscuité est une caractéristique première, il est presque normal de voir deux ou plusieurs familles cohabiter dans le même logement.

Ces clichés représentent une « maison »  dans laquelle  coexistent  deux familles : trois adultes et neuf enfants.

La plupart de la vie quotidienne de ces personnes se déroule dans une pièce sordide faite de briques,  sans revêtement et mal éclairée : ici, ils échangent tout autant des moments  heureux qu’angoissants dans un désordre chronique des choses.

Une table encombrée, des lits défaits, des vêtements éparpillés, de la vaisselle sale et un rideau servant à atténuer le froid. Ils disent : « c'est ce qu'il y a »   

Vivre de cette façon ne laisse pas de place à l’intimité ni au secret. Je me demande s’il y en aura ?

Autant le froid que la chaleur traverse les parois faibles de la maison, les hivers sont humides, les étés éprouvants. Les personnes supportent  avec résignation mais elles me confient qu’elles souhaiteraient déménager dans un meilleur endroit.

La télévision est un objet incontournable à chaque maison. Regarder le feuilleton de l’après-midi  est un habitus qui leur fait oublier qui sont les véritables protagonistes. 

Je n’ai jamais vu tous les membres de la famille réunis, mais il y avait toujours quelques passants en plus.  Il m’est difficile d’imaginer comment ils se débrouillent pour vivre, manger et dormir. Mais ils y parviennent dans tous les cas...

Vivre dans le bidonville signifie la stigmatisation de ces habitants puisque il se construit dans l’imaginaire social, la définition du « villero» : la personne pauvre carencée de valeurs morales et éthiques, le fainéant, l’assisté qui  vit de l’aide de l’état, l’ivrogne, le voleur, l’antisocial, le marginal car il est confiné sur un territoire bien défini.

Le stéréotype de « villero » fonctionne comme une barrière qui empêche l’acceptation et la reconnaissance par le reste de la société, ayant pour conséquences la discrimination sociale, de travail, éducative et citoyenne. En refusant le vrai problème structurel qui existe dans un phénomène aussi complexe que celui de vivre.